« Migrations, présentation générale », un article de Diffractions

Le Festival des Migrations est l’occasion de procéder à une redéfinition du phénomène migratoire. Qui migre ? Pourquoi ? Comment ? Avec quels risques ? Cet article est le premier d’une série visant à fournir une introduction synthétique et critique aux migrations.

Les migrants et, a fortiori les immigrés, souffrent en Europe de nombreux préjugés. Véhiculés par certains hommes politiques, certains intellectuels et certains journalistes, ils constituent un imaginaire négatif et potentiellement explosif. Par exemple, l’extrême droite propage,  l’image d’un immigré, souvent arabe, presque toujours musulman, assimilé à un ennemi de l’intérieur et à un parasite qui vampirise la richesse des pauvres européens. Le danger, dans une époque de crise comme la nôtre, est de voir les partis classiques, de droite comme de gauche, reprendre à leurs comptes cette option « anti-immigré ».

Or, l’image donnée aux migrations se base sur de faux constats. Le Tiers-monde en entier se presse-t-il au frontière de l’Europe ? La situation est en réalité plus complexe :

Cette carte montre que les l’Europe n’est pas seulement une terre d’immigration mais aussi un point de départ vers les États-Unis, le Canada et l’Australie. On constate également de grands mouvements migratoires en Eurasie (Russie et Asie Centrale) et dans les pays du Golf. D’une  manière générale la part des migrants dans la population européenne est la suivante : 17 millions de migrants (définis soit comme étrangers, soit comme citoyens nés à l’étranger) sur un peu plus de 500 millions d’européens (approximativement 0,034 de la population européenne). De plus, la mobilité de la population mondiale est au final assez peu élevée, comme l’explique très bien ce petit clip du groupe des Verts européens :

Le « problème de l’immigration » s’inscrit en fait dans une série de débats plus large, débats éthiques et débats normatifs. Le premier d’entre eux concerne le droit du sol et par extension le statut juridique des migrants. Dans les pays dominés, ou ayant été dominés par le droit du sang, cette question ne se pose pas : les migrants sont de facto des figures de l’autre identitaire. Mais dans des pays comme la Belgique ou la France, dominés par le droit du sol, c’est à dire le droit à la nationalité de la terre sur laquelle on vit, les migrants devraient pouvoir théoriquement pénétrer dans l’identité commune. Chez nos voisins français c’est le culte de la République et de ses valeurs (soit-disant) universelles qui supporte cette idée. Si on généralise, la question des migrants devient la preuve flagrante d’une tension entre nos « valeurs occidentales » (la libre circulation, les différentes libertés inaliénable, etc.) et le droit/devoir de nationalité. Ne faudrait-il donc pas repenser la propriété nationale du sol ?

Une autre problématique d’importance est celle qui est liée au travail. Parler d’immigration c’est aussi faire de l’économie et employer des mots comme (manque de) « travail », (trop de) « chômage »… Bien sûr il est facile d’incriminer les immigrés et de s’en servir comme des bouc-émissaires sans se poser d’autres questions liés à l’économie actuelle : comment sont distribuées les richesses ? De quel quantité de travail avons nous réellement besoin et quel(s) type(s) d’incarnation doit-elle prendre ? Comment sont valorisées ou dévalorisées les différents formes prises par le travail salarié (avec comme sous question : pourquoi une avocate ou un ministre possèdent un capital symbolique tellement plus important qu’une institutrice ou qu’un puériculteur) ou avec le travail bénévole.

Les articles composant cette série visent à approfondir ces diverses interrogations et qui sait, peut-être à offrir quelques réponses.

 T. S.

 (Le présent texte est publié sous CC-BY-SA-ND. Science po conserve les droits présents sur la carte ci-dessus ; de même pour la vidéo du groupe des Verts européen ; ces deux documents servent ici à un usage pédagogique et non marchand. )

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